Richard Rohr et le Centre pour l’action et la contemplation par Pierre LeBel | Juil 20, 2023 |

« L’un des charismes fondateurs de saint François d’Assise était la manière dont il intégrait la contemplation et l’action. »

 

Voilà ce qu’écrit le prêtre franciscain américain, Richard Rohr, dans sa méditation quotidienne du 12 juin 2022[1] à laquelle 80 000 personnes étaient déjà abonnées en 2013[2]. Rohr a fondé le Center for Action and Contemplation (CAC)[3] à Albuquerque, au Nouveau-Mexique, en 1987. Le centre a comme mission « d’introduire la sagesse et les pratiques contemplatives chrétiennes qui soutiennent la transformation et inspirent l’action aimante ». Le CAC offre des programmes d’études comme la Living School for Action and Contemplation, des cours en ligne, et des conférences ponctuelles. Dans un article de 2020 dans le prestigieux magazine The New Yorker, Eliza Griswold note « [qu’] au cours des quatre dernières décennies, il [Rohr] a acquis une foule de sympathisants dévouée pour sa vision provocatrice du christianisme ». Le titre de son article est évocateur : Richard Rohr Reorders the universe[4]. En 2011, le réseau de télévision américain, PBS, l’a qualifié de « l’un des auteurs et conférenciers de spiritualité les plus populaires au monde[5] ». Alors, qui est-il cet homme dont le profil dépasse les cadres traditionnels de la religion ?

 

Cet article n’est qu’un bref aperçu sur la vie et l’œuvre de Richard Rohr. Je l’écris sur le tard, puisque Richard Rohr, à la veille de ses 80 ans, a remis la direction du centre entre les mains de ses collègues en décembre dernier lors d’un rassemblement des membres de la communauté. Dans une lettre du 9 mai 2023[6], il dit avoir laissé « derrière [lui] les titres, les obligations, et de nombreuses tâches qui [l’ont] tellement occupé au cours des 35 dernières années. » Il poursuit toutefois, à 80 ans, son rôle d’enseignant en tant que professeur émérite du centre. J’écris ce texte pour celles et ceux — dont la majorité d’entre vous — qui ne le connaissent pas. Ce n’est enfin pas trop tard de le faire, puisqu’il a écrit une cinquantaine de livres[7] dont j’espère que plusieurs seront un jour traduits en français[8]. Je vais ici partager quelques notes biographiques sur la vie de Richard Rohr, jeter un regard sur ses orientations théologiques, considérer quelques critiques qui lui sont adressées, et puis quelques lignes en guise de conclusion.

 

Biographie et CAC (nombre de personnes, etc.)

 

Richard Rohr est né, en 1943, à Topeka, la capitale de l’état du Kansas dans le Midwest américain. Il est ordonné prêtre franciscain en 1970, l’ordre religieux dont il était membre depuis 1961, quand il n’avait que 18 ans. En 1971, il a fondé la New Jerusalem Community à Cincinnati, une communauté qui est née lors d’une retraite pour garçons adolescents pour laquelle Rohr était le conférencier[9]. C’était au début du renouveau au sein de l’Église catholique et du mouvement des Jesus People dans les milieux évangéliques et protestants. Des ados par centaines étaient les premiers à s’inspirer de son enseignement, suivi d’adultes et de familles. La communauté existe toujours et a célébré son cinquantième anniversaire en 2021[10]. C’est ici que l’on a reconnu la qualité transformatrice de son enseignement qui fut répandu premièrement aux États-Unis, et puis sur le plan international. C’est aussi pendant ces années qu’il a pris conscience des injustices sociales et de la pauvreté extrême. C’est en 1985, lors d’un congé sabbatique à l’ermitage de Thomas Merton au Kentucky, qu’il comprit que son temps à Cincinnati portait à la fin. C’est l’année suivante qu’il s’est rendu à Albuquerque, Nouveau-Mexique, pour fonder le Centre pour l’action et la contemplation.

 

Pourquoi au Nouveau-Mexique ? Selon Rohr, cet état est non seulement l’un des plus pauvres aux États-Unis. Il a aussi joué un rôle historique dans le développement des armes nucléaires[11]. Le but du centre est d’unir l’action et la contemplation dont le mot le plus important dans le nom officiel, encore selon Rohr, est le « et », car ils sont inséparables. Le centre est lui-même, selon son directeur, Michael Poffenberger, « un organisme éducatif qui initie les chercheurs spirituels au chemin contemplatif chrétien de la transformation » en vue de la transformation humaine.

 

Eliza Griswold nous apprend que Rohr a fait un vœu de pauvreté et qu’il vit au centre comme un ermite, dans un cottage d’une pièce, situé derrière un jardin, où il passe la longueur de ses journées à écrire. Il se lève chaque matin à 5 h 45 afin de passer sa première heure de la journée en prière silencieuse et sans paroles avant de se rendre au centre pour un temps de prière contemplative communautaire. Elle signale qu’un nombre important de millénariaux (la génération Y, née entre 1982 et 2005[12]) sont attirés par son enseignement. Pour Rohr, sa popularité confirme la soif spirituelle de nombreux jeunes qui sont aujourd’hui sans liens avec la religion traditionnelle, ceux que les sociologues nomment les « nones », les sans-religions, et dont le nombre est partout en croissance[13]. En fait, pour eux, la religion a perdu toute pertinence. Mais cela ne signifie pas qu’ils soient séculiers, humanistes ou athées pour autant. Face aux enjeux, défis et dangers du monde actuel, ils sont habités par des questions existentielles les plus essentielles dont ils espèrent obtenir des réponses, peut-être même spirituelles, ayant pour eux du sens. Eliza Griswold fait valoir que Richard Rohr a parmi ceux-ci une certaine crédibilité du fait qu’il n’a pas peur de critiquer le christianisme conservateur qu’il qualifie comme étant « toxique ». Selon elle, « Il tente de trouver un équilibre difficile : dénoncer les failles du christianisme contemporain tout en affirmant ses principes fondamentaux. » Pour Poffenberger, Rohr ne cherche pas à attaquer la religion, mais à faire comprendre que tout est sacré.

 

Perspectives théologiques

 

On ne peut faire ici un survol complet de l’enseignement et des écrits de Richard Rohr. Toutefois, il est possible d’en saisir l’essentiel en nous tournant vers ce qu’il appelle les sept thèmes d’une orthodoxie alternative[14] et qui seraient, en ses mots, une « déclaration honnête sur les fondements sous-jacents de ce que j’enseigne ». Ces thèmes représentent les principes fondamentaux de la Living School for Action and Contemplation. Ils trouvent leur source dans l’héritage franciscain de Richard Rohr. Selon le CAC, la tradition franciscaine se veut alternative du fait qu’elle met l’accent sur la pratique de la foi avant la théorie ou les croyances. Elle s’intéresse au vécu quotidien de la foi des croyants avant son contenu doctrinal. En d’autres mots, ce qui prime c’est que les croyants confrontent leur foi aux exigences et aux questionnements du monde au sein duquel ils vivent. L’orthopraxie précède l’orthodoxie. Voici un aperçu des sept thèmes auxquels je consacre un paragraphe à chacun.

 

   Les Écritures saintes validées par l’expérience, et l’expérience validée par la Tradition offrent ensemble une saine méthodologie pour la formation de la vision spirituelle du monde de chacun.

 

Rohr cherche à réconcilier l’accent des catholiques mis sur la Tradition et celui des protestants sur l’autorité des Écritures seules (sola scriptura). Les deux positions doivent plutôt venir en complément l’un de l’autre, car seules, elles sont excessives. Des croyants de chacune des confessions prennent leurs distances de ces doctrines fermées tellement elles sont remises en question et, enfin, déconstruites. Comment peut-on reconstruire différemment les fondements de notre foi afin qu’elle permette la mise en commun de nos expériences et convictions avec comme but de nous enrichir mutuellement ? Aussi faut-il comprendre que l’expérience se réalise dans un contexte donné et dans lequel la Tradition et les Écritures aident à outiller le croyant pour mieux se situer et savoir comment agir face aux exigences et défis de la vie.

 

   Si Dieu est trinitaire et que Jésus est la face de Dieu, l’univers est fondamentalement bienveillant.

 

Dans le sermon sur la montagne, Jésus nous enseigne à regarder les oiseaux du ciel et les lis sauvages afin de vaincre nos inquiétudes. Il reprend ainsi ce qui est répété à sept reprises lors de la création dans Genèse 1 : « Dieu vit que c’était bon. » Essentiellement bon et conforme à sa volonté. L’œuvre créatrice d’une personne est un reflet de l’artiste même, non seulement de sa maîtrise technique des outils et des matériaux, mais aussi de sa pensée et de son désir. Dès le début du monde, nous avons cette démonstration non seulement que nous habitons un monde bon dans lequel nous sommes en sécurité, mais aussi d’un Dieu bon qui nous émerveille et comble nos besoins. De plus, le Dieu trinitaire est présent dès les trois premiers versets comme Elohim, Dieu pluriel et Père créateur (verset 1), l’Esprit, rouah, qui plane sur les eaux de la création (verset 2), et Parole parlante, amar, « Dieu dit », qui crée (verset 3). Tout est fondamentalement bon et Jésus nous invite à prendre le temps de bien regarder et de constater pour nous-mêmes « que c’est bon ».

 

   Il n’y a qu’une seule réalité pour ceux dont les yeux sont ouverts. Par le fait de l’Incarnation, il n’y a aucune distinction entre le sacré et le profane.

 

Le christianisme occidental a historiquement promu une vision dualiste de la réalité : transcendant/immanent, naturel/surnaturel, sacré/profane, terre/ciel. Conséquemment, l’accent principal de la religion (toutes confessions et familles d’églises confondues) dans la transmission de la foi a été mis sur les spécificités particulières de ce que l’on doit croire pour être sauvé en vue d’aller au ciel. Elle a promu une ecclésiologie de la séparation selon laquelle les croyants répondaient à la directive : « sortez du milieu d’eux », « sortez du monde », car il est déchu et nous n’y pouvons rien. Pour ce qui est de sa relation avec le monde, la religion chrétienne dans la majorité des cas et des expressions n’a proposé que deux options : soit se séparer du monde avec une vision exclusive du salut, ou soit de dominer le monde dans chacune de ses sphères, en particulier la politique. Cette deuxième vision est aujourd’hui à la base du nationalisme chrétien comme autrefois la colonisation. Ces deux orientations sont en contradiction avec le principe même de l’incarnation qui nous invite à aller dans le monde pour y participer pleinement en tant que citoyens dans les projets et les débats de la société dans l’amour du prochain et en leur apportant des réflexions qui contribuent au bien commun. Que signifie ma foi en Jésus Christ en ce qui concerne son règne au milieu des enjeux actuels de la société ? On a rarement soulevé cette question qui nous pousse constamment à repenser notre foi et grandir dans notre humanité. Comme nous le fait savoir Paul, la volonté de Dieu est « de réunir toutes choses en Christ, celles qui sont dans les cieux et celles qui sont sur la terre. » La réalité est enfin unifiée.

 

   Toutes choses et chaque personne ont leur place et appartiennent. Personne ne doit être exclu ou traité comme bouc émissaire. On ne peut nous séparer du mal ou du mensonge, mais les ténèbres sont exposées par la lumière.

 

Richard Rohr propose une vision inclusive pour le monde et pour l’humanité. Personne n’est exclu. Personne n’est supérieur. Selon Rohr, « la spiritualité franciscaine met audacieusement un grand point d’exclamation à la fin des paroles de Jésus : “Les derniers seront les premiers et les premiers seront les derniers !” et à celles de Paul, “Quand je suis faible, je suis fort !” L’envers est au cœur de notre message, nous incitant toujours à regarder plus profondément et plus largement. On peut ajouter que l’Évangile est fondamentalement subversif de tout ordre dont Christ n’est pas le centre. Ce principe nous ouvre les yeux pour reconnaître le don de soi de Dieu aux extrémités où la plupart d’entre nous ne peuvent pas ou ne veulent pas voir Dieu, comme dans les autres religions, chez tous ceux qui sont définis comme étrangers ou pécheurs, et à l’extrême limite de notre vision, ceux qui sont contre nous, nos soi-disant ennemis.[15] » Mais selon l’esprit de l’Évangile, les oppositions « eux et nous » n’ont plus leur place. Même pour nos ennemis, Jésus nous somme de les aimer. Chacun a sa place. Chaque être humain porte à sa façon l’image de Dieu de sorte que personne d’autre ne peut le remplacer. Qu’il s’agisse d’une personne haïssable ou répulsive, elle porte toutefois en elle cette semence de Dieu qui lui est unique. Elle est destinée à nous transmettre une luisance de Dieu pour notre propre perfectionnement. Personne, à ma connaissance, n’a jamais aussi bien articulé notre valeur individuelle que R. L. Bruckberger : « Nous portons le sceau de sa semblance dynamique (…). Notre loi fondamentale, c’est la “reproduction” de Dieu : parfaire en nous l’image divine, de manière surprenante et héroïque, chacun selon son destin singulier[16]. » Il reprend plus loin : « Dans les profondeurs spirituelles de notre personnalité, nous portons aussi les stigmates de notre création singulière à l’image de Dieu, car il n’y a pas au monde et dans l’histoire deux images de Dieu qui soient identiques (…). La seule manière, pour moi, d’être véritablement original, c’est de me conformer de toutes mes forces à mon Origine, modèle inépuisable parce qu’il est infini. Chacun de nous a sa manière bien à lui, bien à elle, de ressembler à Dieu, de s’approprier de sa personne de plus en plus.[17] » Il n’y a plus de hiérarchie, ni en Dieu ni entre nous. Le mal est avant tout une illusion (avec de vraies conséquences) que l’on expose à la lumière afin de lui enlever son pouvoir : « mais tout ce qui est condamné est manifesté par la lumière, car tout ce qui est manifesté est lumière. » (Ep 5,13) Nous avons le plus souvent pensé que la véritable nature humaine était pécheresse et, de ce fait, « condamné », mais non ! Ce qui est plus profondément manifesté c’est la nature originale, celle de l’image de Dieu. Dans nos relations avec les autres, nous cherchons dorénavant à marcher dans la lumière de l’image de Dieu en l’autre.

 

   Le principal problème est la division en soi même, contrairement à l’ombre de soi qui cherche des formes de déguisements plus profondes et subtiles.

 

Pour Richard Rohr, le problème majeur des gens est celui de l’être séparé de lui-même, coupé de soi, de l’essentiel, « the seperate self », et non pas les formes derrière lesquelles ils se cachent à l’ombre de soi, « the shadow self » ou le faux soi, « the false self ». C’est l’ego, le « moi », auquel Jésus dit que nous devons mourir, car le « moi » n’est pas le véritable « moi », ne comprend pas notre véritable identité. Aucune transformation n’est possible sans que nous allions à la source. Lors de la tentation dans le jardin d’Éden, la femme et l’homme mangent du fruit défendu afin de devenir leur propre référence et, pour ce faire, renoncent à l’image de Dieu de laquelle ils se détournent comme source. Afin de cacher leur nudité, ils se fabriquent des feuilles de figuier à la dernière mode afin de s’accepter et se faire accepter. Une image fabriquée que l’on projette et que l’on prétend être « nous ». Les ruptures se multiplient au-delà de Dieu (dimension spirituelle), mais aussi avec soi (psychologie), avec l’autre (sociologie) et, enfin, avec le sol (écologie et économie) qui fut maudit. Tout pour se sauver la face.

 

   La voie de la transformation est celle de la descente. Les idées et les doctrines ne peuvent le faire. Nous apprenons le mieux à travers nos échecs, nos chutes, nos blessures et nos morts qui nous enseignent.

 

La voie de la transformation est celle du Christ : la descente, l’abaissement, la transparence, celle de la kénose (Ph 2,7 ; Mt 23,10-12). C’est celui qui s’humilie qui sera relevé, non pas par ses propres forces, mais par la reconnaissance des autres. Ce ne sont pas tant les idées ou les doctrines que l’on croit qui nous sauvent, mais bien l’expérience même de la transformation et de la libération. Nous avons à apprendre à lâcher prise et à tomber de nos perchoirs. En fait, au sein de la trinité, aucun des membres jamais ne s’élève. Ce qui nous est révélé est le Père qui élève Jésus lors de son baptême, « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis toute mon affection », et, au moment de la transfiguration, quand il ajoute l’injonction, « écoutez-le ». Le Père glorifie le Fils qui reconnaît lui-même ne rien dire ou faire de lui-même, autre que ce qu’il a premièrement vu et entendu chez le Père. Jésus glorifie le Père et, à son tour, l’Esprit saint glorifie Jésus et nous conduit dans toute la vérité de ce que le premier nous a enseigné. L’humilité a comme but celui d’élever l’autre, de lui exprimer sa pleine confiance, de lui dire que sans lui, je ne suis rien. Le renoncement et la mort à soi permettent une double libération de soi et de l’autre et la création de la véritable communauté de foi.

 

   La non-dualité est le niveau le plus élevé de la conscience. L’union divine et non la perfection privée est le but de toute religion.

 

« Oneing » est un mot ancien employé par la mystique anglaise du XIVe et XVe siècle, Julienne de Norwich, pour décrire l’union avec Dieu lui-même. Elle écrit : « Cette âme bien-aimée a été précieusement tricotée à Dieu dans sa fabrication, par un nœud si subtil et si puissant qu’il est uni en Dieu. Dans cet union (oneing), il est rendu infiniment saint. De plus, Dieu veut que nous sachions que toutes les âmes qui seront sauvées dans le ciel sans fin sont unies dans ce nœud, et unies dans cette unification, et rendues saintes dans cette sainteté.[18] » Le Rohr Institute reprend le mot pour « exprimer l’unité divine qui se cache derrière toutes les divisions, dichotomies et dualismes du monde.[19] » Il le met en lien avec les paroles de Jésus, « que tous soient un » (Jean 17:21). La tradition pérenne est un thème récurrent dans l’ensemble des traditions religieuses. Elle propose trois choses :

 

   Il y a une Réalité Divine sous-jacente et inhérente au monde des choses.
   Il y a dans l’âme humaine une capacité naturelle, une similarité et un désir ardent pour cette Réalité Divine.
   Le but ultime de toute existence est l’union avec la Réalité Divine.

La particularité chrétienne est la communion avec Jésus-Christ qui dit : « En ce jour-là̀, vous connaitrez que je suis en mon Père, que vous êtes en moi, et que je suis en vous. » (Jean 14,20)

 

Critiques

 

Il est vrai que Rohr a ses détracteurs. Dans sa critique du livre de Richard Rohr, The Universal Christ (2019), Michael McClymond maintient que le projet principal de Rohr est de séparer « Jésus » du «Christ», premièrement dans leurs fonctions distinctes[20]. Il soupçonne aussi que des lecteurs de Rohr soient confondus par les façons inusuelles dont il emploie un vocabulaire chrétien bien connu.

Pour sa part, Mark Roques considère Rohr comme un mystique et néoplatonicien du fait qu’il maintient que « Dieu vit au plus profond de chaque être humain, alors que le Nouveau Testament enseigne que Dieu vit en toute personne qui l’accueille » après s’être repentie.[21]

Conclusion

 

Pour terminer, je reprends ces derniers mots de Richard Rohr dans sa lettre du 9 mai, car j’y crois sincèrement et je crois que Témoins cherche aussi à transmettre une telle espérance. Il évoque de nouveau l’engagement du CAC : « Notre vision de personnes transformées aidant à transformer le monde est bien plus que ce que n’importe qui peut assumer par lui-même. Mais ensemble, je sais que nous pouvons devenir une force d’amour pour le changement de conscience au sein de chacune de nos communautés. Nous faisons partie d’une tradition vivante d’action et de contemplation, des gens qui sont allés au-delà de la théorie et qui vivent cette sagesse dans leur vie quotidienne. Vraiment, il faudra un mouvement de telles personnes pour créer un monde où tout appartient.[22] »

Pierre LeBel